• L'intime des arbres.

    Plaçons nous tel un oiseau,

    au dessus des hommes,

    et observons une foule sur un trottoir.

    Certains avancent droit,

    d'autres entrent ou sortent de magasins, rues adjacentes,

    certains vont dans un sens et d'autres dans l'autre sens

    quand encore d'autres restent figés.

    Même si on prolonge l'observation

    nous ne verront pas de collisions.

    Et

    c'est normal car une foule est

    une addition de cerveaux qui dirigent des pas

    en tenant compte de ce qui entoure l'individu.

     

    Redescendons au sol, sur un sol de forêt et levons les yeux.

    Il n'y a pas plus de collisions entre les branches qu'il n'y en avait dans la foule.

    Preuve qu'une branche n'est pas juste une chose qui s'allonge avec le temps,

    mais un œuvre qui se construit avec intelligence,

    soucis de son environnement.

     

    Si on observe mieux

    on découvrira des couples d'amis.

    Côte à côte, deux arbres pour ne pas se gêner 

    orienterons leurs grosses branches à l'opposé de l'autre,

    et sous terre,

    leurs racines se mêleront sur le même espace.

     

    Quand l'homme ne voit dans l'arbre que bois de chauffage

    ou planches

    va tuer l'un des deux amis,

    le second n'aura plus d'envie de vivre

    et sa mort naturelle sera enclenchée.

     

    Une forêt est une société avec

    ses groupes, ses amis, ses familles.

     

    Il y a des arbres mères qui allaitent leurs enfants.

    Au travers leur racine

    les mères donnent du sucre à leurs petits.

    Elles savent reconnaître leurs propres nourrissons.

    Au bout des racines il y a des terminaisons nerveuses qui savent

    qui est qui.

     

    Exemple : Un chêne.

    Il va produire ses glands.

    Si vous y ajoutez des glands d'un chêne autre,

    et des graines d'autres variétés d'arbres,

    plus tard

    les racines du chêne sauront

    si elles rencontrent des racines de bébés arbres d'espèces différentes,

    mais surtout

    elles sauront que le bébé là vient d'un de ses glands

    ou d'un gland qui n'est pas de sa production,

    et donc les racines n'offriront de la nourriture

    qu'à ses enfants.

     

    Pour l'homme : arbres = planches et bois de chauffage

    et

    feuilles mortes au sol = sale.

    Le balayage est un acte "socialement correct"

    et pourtant c'est nuire lourdement aux arbres.

    Secondes maltraitances.

     

    Si délicatement, on écarte les feuilles tombées au sol,

    on découvrira des filaments blancs,

    soit des champignons.

    Il y en a partout.

     

    Comme le corps des mammifères est peuplées de bactéries utiles

    (je rappelle qu'un corps possède

    moins de cellules personnelles que de cellules bactériennes),

    les arbres vivent grâce aux champignons.

    Disons que c'est leur réseau de communication.

     

    Exemple :

    Un chevreuil vient manger des feuilles à un hêtre.

    Un signal électrique qui avance d'1 cm/minute

    va partir de la tige aux feuilles mangées, va descende par le tronc,

    circuler sur les filaments des champignons pour aller prévenir

    ses amis, sa famille,

    de se protéger contre l’ennemi.

    Les arbres ainsi prévenus

    fabriquent un tanin (= anticorps) amer que les animaux n'aiment pas.

     

    Balayer sous les arbres

    revient à les réduire à la solitude, la vulnérabilité.

     

    Les arbres ont des sens

    comme les animaux.

     

    Le toucher.

    Un jeune arbre qui pousse en un lieu venteux

    va réduire sa hauteur,

    se faire plus trapu à sa base

    et va renforcer son système racinaire

    par rapport à son jumeau qui lui sera enraciné bien à l’abri du vent.

    L'arbre perçoit, analyse, calcule et s'adapte.

     

    Si je cogne ma main contre la table,

    il y a un message qui monte au cerveau

    pour me faire percevoir la sensation.

    Pareillement,

    si je plis une feuille à une plante

    un message va prévenir l'ensemble de la plante

    qu'une de ses feuilles vient d'être pliées.

     

    Une plante = des réflexes + un système nerveux.

    Mais pas seulement.

     

    Les plantes ont conscience de leur propre corps.

     

    Attiré par la lumière + attiré par la gravité = les troncs pousse droit.

    Tel était la vision simpliste des hommes.

    En réalité

    si vous mettez des graines en un lieu sans apesanteur et lumière

    les petites tiges pousseront droites.

    Preuve qu'elles perçoivent leur propre corps

    et choisissent de rester sur une droite.

    = Avoir le sens de la proprioception

    soit le sens de percevoir la position de notre corps dans l'espace.

    ( c'est le 6ème sens de l'homme. Il est géré par le gène PIEZO2).

     

    Les arbres sont des êtres en mouvements,

    mais des mouvements tellement lents

    que l'homme ne les perçoit pas.

    Nous ne vivons pas sur la même échelle de temps.

     

     

    « Nous habitons chez nos insectes.Comment y voir du bonheur ? »

  • Commentaires

    1
    Mardi 21 Novembre 2017 à 20:37

    Très intéressante cette réflexion.

    J'en avais amorcé des bribes mais ça fait une bonne synthèse

    Cela me rappelle un chouette roman en plus :

    https://www.babelio.com/livres/Van-Cauwelaert-Le-journal-intime-dun-arbre/301183

      • Mardi 21 Novembre 2017 à 22:01

        Van Cauwelaert et les arbres !

        Voilà qui m'inspire  bien.

    2
    Mercredi 22 Novembre 2017 à 10:25

    J'aime beaucoup la précision de tes explications .

    j'ai copié ton texte pour le faire lire à des enfants.

    Bonne journée.

      • Mercredi 22 Novembre 2017 à 10:41

        Très bonne idée,

        les arbres sont trop ignorés

        il faut diffuser.

    3
    Mercredi 22 Novembre 2017 à 14:39
    sylvie barbizon

    J'ai un voisin qui lorsqu'il randonne, enlace les arbres, les salue en quelque sorte, c'est vrai qu'ils n'ont pas la même échelle temps, il faut les respecter.

    4
    Mercredi 22 Novembre 2017 à 17:35

    Tu vis loin de la ville ;-). Il arrive maintenant qu'en observant bien les humains qui "courent " sur les trottoirs, il y ait des collisions. A avoir les yeux rivés sur leur smartphone, iphone et autres phones , ils ne voient plus le monde qui les entoure.
    Propréoception ? Sur ? J'aurais écrit "proprIoception " .
    Pour les arbres, merci de ce sympathique rappel. La science fait d’étonnantes découvertes.

      • Mercredi 22 Novembre 2017 à 20:28

        Tu as raison c'est un I :

        faute de frappe

        pas vu à la relecture.

        Je corrige. Merci.

    5
    Mercredi 22 Novembre 2017 à 17:39

    Arf : Cordial buvant dans l'aquarium . Adolescent, j'avais un chat qui buvait aussi l'eau de l'aquarium de mon poisson rouge. Ce dernier venant voir ce qui se passait.
    Sans jamais aucune envie du chat de croquer le petit poisson.

      • Mercredi 22 Novembre 2017 à 20:25

        Ici aussi les poissons sont curieux.

        Et lui aussi les regarde, mais jamais il ne donne un coup de pattes.

    6
    Mercredi 22 Novembre 2017 à 18:16

    L'eau de l'aquarium a plus de goût !

    Pour Eichane, il fait froid dehors et la savoir au chaud, hein ?

      • Mercredi 22 Novembre 2017 à 20:24
        Quand elle n'est pas au chaud avec nous, elle est avec Kizende dans la future SdB, donc à l'abri mais elles n'ont pas de chauffage.
      • Jeudi 23 Novembre 2017 à 07:25

        Pas de chauffage ... mais "hors gel" si j'ose dire ..

    7
    Jeudi 23 Novembre 2017 à 11:02

    Bonjour Sereine

    Bon jeudi par chez toi !

    8
    Jeudi 23 Novembre 2017 à 15:50

    Passionnant ton article et très bien rédigé pour intéresser sans ennuyer !!

    Beaucoup auraient bien besoin de le lire , cela les empêcherait peut-être d'abattre leurs arbres pour des motifs imbéciles tels que '"e vent y fait trop de bruit" ou encore " ça fait trop de saleté quand il faut ramasser les feuilles ".C'est pitié !

    Perso , je suis au désespoir devant mes 6 très hauts pins d'Autriche à propos desquels le voisinage me regarde de travers à cause des cocons de processionnaires qui les infestent . Tous me disent de les couper mais ce serait un crève-coeur !!Chaque année , nous nous efforçons de ramasser et de brûler ces sales bestioles , et c'est le bagne .Mettre des colliers autour des troncs serait illusoire car nous avons remarqué que le plus  souvent les chenilles se laissent tomber d'un bloc et n'empruntent pas le tronc! 

    Bonne soirée !

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